Objectifs de l’étude

La première étape de cette étude couvrant la période allant du 25/10 au 28/11/2016 a consisté à réaliser un diagnostic du conseil et de la vulgarisation agricoles (CVA) au Cameroun. Ce diagnostic a été mis en débat lors d’un atelier national tenu le 1/12/2016 en début de l’étape 2 « Identification des objectifs de la politique de conseil et vulgarisation agricoles et des grands axes d’intervention ». Cette version finale prend en compte les recommandations émises lors cet atelier ainsi que celles faites durant les ateliers zonaux de février 2017 (Bafoussam, Garoua, Yaoundé) et les remarques transmises par les différentes parties prenantes.
Vu le temps imparti à cette étape, il n’était pas question de réaliser un diagnostic exhaustif de l’ensemble des dispositifs de CVA actuellement opérationnels ainsi que des expériences antérieures. Les sous-secteurs de l’agriculture et de l’élevage au Cameroun sont très vastes et diversifiés en termes agroécologiques et de type d’acteurs. Ils couvrent d’une part les productions végétales vivrières et les cultures d’exportation, et d’autre part les productions animales dont les productions halieutiques.
Ces sous-secteurs sont caractérisés par une diversité d’acteurs relevant pour certains du secteur public et pour d’autres, du secteur privé : les firmes agro-industrielles, les exportateurs, les agro-fournisseurs, les organisations professionnelles agricoles (OP) et les opérateurs de développement comme les ONG et les bureaux d’études. Le secteur agriculture – élevage est aussi caractérisé par une diversité de structures de production : des petites exploitations peu développées mais très nombreuses limitées par le manque de capitaux, des exploitations de taille moyenne en petit nombre issues d’exploitations familiales qui ont pu se moderniser ou d’investissements réalisés par des urbains (cacao, coton, élevage à cycle court, etc.) et des grandes exploitations peu nombreuses, bien dotées en capitaux et orientées principalement vers les marchés d’exportation (palmier, hévéa, thé…).
Le diagnostic s’est focalisé sur les principaux acteurs du CVA, ceux qui fournissent le service (les structures publiques et privées) et les bénéficiaires notamment les agriculteurs et les éleveurs et leurs organisations. Quelques entretiens ont été réalisés avec les décideurs publics, les PTF (Partenaires Techniques et Financiers), la Recherche et les Ecoles de formation technique. Les expériences les plus significatives ont été prises en compte soit parcequ’elles concernaient un grand nombre de producteurs soit parce qu’elles étaient novatrices.
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Déroulement de l’étude diagnostic, positionnement par rapport aux diagnostics précédents
Le diagnostic a été initié par une revue de la littérature réalisée en octobre 2016 et des entretiens avec des structures de CVA plusieurs régions du pays : Le Centre, l’Ouest, le Nord-Ouest, le Sud-Ouest, le Nord, l’Extrême Nord et l’Adamaoua. Trois régions n’ont pas été visitées : Le Littoral, l’Est et le Sud par manque de temps. Les différents entretiens ont fait l’objet de comptes rendus (plus de 45) qui constituent avec la littérature disponible sur le sujet, le matériau de base actualisé pour formaliser ce diagnostic. Des visites auprès des producteurs organisés (GIC, Coopératives…) en présence ou non de leurs conseillers et des entretiens à Yaoundé avec quelques PTF et coordonnateurs de programmes nationaux sont venues compléter cette démarche.
Le dernier diagnostic sur le CVA remonte à 2008 et s’intitule « Diagnostic du système national de recherche et de vulgarisation agricole du Cameroun et stratégie de renforcement des capacités pour la dissémination des connaissances et des technologies agricoles ». Il a été réalisé par la CEMAC et la FAO. Il dresse un tableau très général de la situation en s’intéressant plus particulièrement à la liaison Recherche-Développement (R-D) dans le processus de vulgarisation. Il s’intègre dans une série de diagnostics de la recherche et de la vulgarisation réalisés dans les différents pays de la CEMAC qui a abouti à un rapport de synthèse régional. Dans ce travail, seule la vulgarisation agricole stricto sensu a été prise en compte, le conseil aux exploitations agricoles et aux OP n’a pas été pris en compte alors que la structuration de la profession avait été initiée dans plusieurs pays de la CEMAC dont le Cameroun.
Plus récemment, la Revue de diagnostic des dépenses publiques de base dans le secteur agricole (2003-2012) réalisée par la Banque Mondiale en 2014, a traité en quelques pages du conseil et de la vulgarisation en abordant spécifiquement les deux programmes majeurs dans ce domaine, ACEFA et PNVRA.
Ces deux documents révèlent une vision réductrice du conseil et de la vulgarisation agricoles. Dans celui de la FAO/CEMAC (2008) le conseil agricole est assimilé au simple transfert de technologies et non comme « l’ensemble des dispositifs et méthodes combinant vulgarisation technique, conseil technico-économique pour une production ou filière, conseil plus global à l’exploitation, conseil de gestion aux exploitations, aux entreprises (agrobusiness) et aux OP ». Dans le rapport Banque Mondiale (2014) il n’est pas pris en compte les acteurs du CVA autres que PNVRA et ACEFA comme les ONG, divers projets du MINADER, MINEPIA, MINEPAT, etc. Le système camerounais de CVA ne peut pas se réduire aux seuls programmes PNVRA et ACEFA.
Dans les deux documents cités, la vision des processus d’innovation en agriculture est très linéaire ou top down. Leurs auteurs considèrent que la recherche est le seul acteur à produire les messages et les innovations techniques, le développement vulgarise et les producteurs
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adoptent et appliquent. Il est reconnu aujourd’hui que les démarches de transfert de technologies reposant uniquement sur les savoirs scientifiques, les recommandations des chercheurs et la posture de « prescripteurs » adoptée par les conseillers, ont montré d’importantes limites. Dans la plupart des situations les innovations proposées par la recherche et non validées par les producteurs ont été peu adoptées et n’ont pas diffusées. Elles se sont avérées mal adaptées aux situations socio-agronomiques des publics cibles. Aujourd’hui il est demandé aux techniciens de terrain et aux vulgarisateurs d’évoluer vers une posture de conseiller sans imposer leurs prescriptions mais plutôt en cherchant à informer, à former, à vulgariser mais aussi à renforcer les capacités des producteurs à innover (par eux-mêmes) et à travailler en réseau ou en groupes d’intérêt.

CONCLUSION

L’état actuel du conseil et de la vulgarisation agricole au Cameroun est marqué par plusieurs éléments forts : (i) l’absence d’un système national assurant la coordination et les fonctions transversales (suivi-évaluation, capitalisation, contrôle qualité, ..) ; (ii) la pluralité et la diversité des dispositifs de conseil et de vulgarisation sur le terrain non coordonnés entre eux comportant deux grands programmes le PNVRA et ACEFA ; (iii) globalement un faible taux de couverture des producteurs (de l’ordre d’un agent de CVA pour 1000 producteurs – bien inférieur à celui préconisé par la FAO (1 pour 250) ; (iv) l’adéquation partielle entre l’offre et les besoins de conseil ; (v) la très forte dépendance financière des projets/programmes vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux et l’absence de mécanisme de financement innovant du conseil agricole .
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Il existe en revanche une pluralité ou une diversité de dispositifs de CVA sur le terrain qui représente une richesse du point de vue des méthodes et des réponses possibles en termes de types de conseil/vulgarisation et d’implication du secteur privé. Enfin, même lorsqu’il existe une offre de CVA diversifiée, on note globalement une adéquation partielle entre l’offre et les besoins de conseil surtout pour les producteurs isolés, les producteurs experts et les entrepreneurs agricoles.
En revanche il y a quasi unicité du modèle financier : ces dispositifs de terrain dépendent pour l’essentiel de financements de bailleurs de fonds internationaux, à part quelques cas singuliers comme celui de la filière coton79. La problématique du financement sera donc une question centrale pour la mise en place d’un système national d’appui-conseil : un mécanisme national de financement peut-il être mis en place pour financer le conseil et la vulgarisation agricole dans sa diversité ?
Ce diagnostic confirme donc certains éléments du diagnostic de la FAO/CEMAC de 2008 : faible taux de couverture, dépendance aux PTF, qualité des ressources humaines, insuffisance des budgets sectoriels et de leur gestion, etc. Mais des différences existent 8 ans après avec par exemple (i) un renouvellement des cursus de formation agricole jusqu’à Bac+2 et la création de filières de formation de conseillers agropastoraux et (ii) une diversification des approches de CVA (conseil de gestion, conseil des acteurs des chaines de valeur… et prochainement conseil aux coopératives –entreprises et aux producteurs disposant de plus de capitaux et mobilisation des TIC).
Pour les étapes suivantes de l’étude et en partant de ce diagnostic, la problématique sera donc, de construire une politique globale et un système national de CVA multi-acteurs (Etat et secteurs privés) couvrant tout le territoire et répondant mieux aux besoins diversifiés des producteurs et des productrices (agriculteurs, éleveurs, pisciculteurs, autres usagers des ressources naturelles). Le conseil et la vulgarisation agricoles devrait les accompagner selon une trajectoire de développement vers une plus grande intégration dans des chaînes de valeurs liées à leurs territoires. Ce système pluriel (multi-acteurs et multi-approches) devrait ainsi valoriser les expériences actuelles de CVA en cours au Cameroun et dans d’autres pays. Au niveau du pays il convient de tirer de ces expériences les avantages comparatifs respectifs et de favoriser les collaborations, de développer des synergies et la confiance entre acteurs.
En termes d’orientations importantes l’atelier de mise en débat du diagnostic a abouti sur :
– l’affirmation de conserver une pluralité d’acteurs du conseil et de la vulgarisation du secteur public et du secteur privé, en particulier en s’appuyant sur les ressources des filières ;
– le besoin de mieux impliquer les représentants des producteurs (les OP filières, les OP faitières, les grandes OP régionales) dans la conception du système national de CVA et donc dans les prochaines concertations prévues dans cette étude ;

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